A la découverte de Traceparent…

Résumé de la rencontre « Favoriser des modèles économiques participatifs éthiques et responsables en phase avec le monde numérique »

L’invité : Camille Harang, créateur du projet Traceparent

Dans son parcours professionnel, Camille Harang a mené un long travail de réflexion sur la création de modèles économiques favorisant la gratuité et le libre partage des œuvres immatérielles en s’inspirant des expériences menées dans le logiciel libre.

Le passage du logiciel Blender dans le monde de la communauté du libre a beaucoup inspiré notre invité dans la construction de sa reflexion : Blender 3D était un logiciel gratuit, mais propriétaire très populaire auprès des utilisateurs de Linux, car c’était le seul logiciel 3D très abouti disponible sous Linux. En 2002, l’éditeur fait faillite mais ne veut pas libérer les sources du logiciel pour que la communauté du libre puisse reprendre le développement du logiciel et continuer à le faire évoluer. Alors le créateur du logiciel a demandé à l’éditeur pour quelle somme il libèrerait le code source et il a lancé un financement participatif auprès de la communauté du libre. Chacun donnait ce qu’il voulait afin d’atteindre collectivement la jauge qui permettrait de libérer les sources de Blender. Cette première expérience de financement participatif sur internet fut un véritable succès.

Les comportements massifs, licites ou illégaux, de partage et de diffusion des contenus interrogent sur le modèle économqiue à adopter. Ce que les industriels appellent du piratage peut aussi être vu comme une forme de réappropriation des contenus par les internautes rendus possibles par la structure même du réseau décentralisé et la capacité des utilisateurs à développer et utiliser des outils techniques de transfert et de cryptage de données à l’intérieur du réseau. Au lieu de vouloir lutter contre ces pratiques illégales, pourquoi ne pas imaginer des modèles économiques qui donnent, progressivement, à l’ensemble du public la possibilité de copier gratuitement l’oeuvre, de la partager librement avec d’autres , de la remixer, de la modifier, etc… Contrairement au modèle économique se basant sur l’exploitation de l’oeuvre, on pourrait imaginer un financement participatif en amont, qui par exemple acccorderait à l’ensemble des internautes la possibilité de copier gratuitement une œuvre à partir du moment où l’ensemble des versements des internautes récoltés serait équivalent à l’ensemble des frais de conception de cette œuvre ….

Le principe de la jauge

Les modèles économiques participatifs sur lesquels va travailler Camille Harang, à partir de 2009 sur sa plateforme Yooook, se contruisent à partir d’une jauge. Chaque création a une jauge avec différents paliers de financement, et chaque fois qu’un palier est atteint, il se passe quelquechose. Autrement dit, on estime de manière chronologique la valeur des différentes utilisations d’une œuvre (la copie, le remix, l’utilisation commerciale, offre de contenus inédits, etc… ), ce qui va ensuite correspondre à differents paliers à atteindre sur une jauge de financement. Et chaque fois qu’un palier va être atteint, c’est à dire que les internautes vont faire suffisamment de promesses de versement pour atteindre la jauge, l’utilisation correspondante va être libérée…

Traceparent

La confiance entre les acteurs est un point essentiel de l’économie participative, surtout au niveau des échanges de valeurs, sujet auquel s’interesse le nouveau projet de Camille Harang , Traceparent. Il permet la transparence sur les échanges de valeurs autour d’un projet. Par exemple, qu’est ce qui est fait de l’argent investi par les intrenautes,comment il est dépensé, comment il est redistribué aux protagonistes qui ont travaillé sur le projet, etc… L’idée de Traceparent est de concevoir un outil qui permettent à des développeurs de créer sur le plateforme d eleur choix des interfaces très simples pour voir d’ou vient l’argent et répercuter l’ensemble des échanges de valeurs relatifs au financement d’une initiative.

Traceparent se présente donc comme un ensemble d’outils libres essentiellement de recueil de base de données et d’analyse qu’un développeur peut ensuite assembler comme des legos, pour par exemple les inclure dans un site internet…En des termes plus techniques, il s’agit de couches d’API, des applications que les utilisateurs ne voient pas et qui vont permettre l’alimentation de bases de données retraçant l’ensemble des échanges de valeurs autour d’un projet. Dans une idée de confiance entre tous les protagonistes d’un projet, il important pour quelqu’un qui investit de pouvoir savoir si à l’autre bout de la chaine de conception du projet, les personnes ont bien touché l’argent .. ( Ce qui rappelle notamment le principe du commerce équitable)

Traceparent est une donc une technologie invisible, cachée derrière un navigateur, qui se veut oeuvrer dans un internet décentralisé avec des échanges, par conséquent, eux aussi décentralisés et qui s’adapte sur tout support… L’objectif est que cette solution soit la plus souple possible, et par conséquent, qu’elle s’adapte à toute forme de transferts économiques. Chacun doit pouvoir créer les valeurs qu’il veut (matériel, service, compétence, ressource, argent…) et donc Traceparent doit pouvoir faire des équivalences de valeurs entre argent, matériel, temps de travail…

Crowdfounding

Traceparent peut ainsi permettre de créer soi-même sa propre plateforme de crowdfounding (financement par la foule) et de coordonner l’ensemble des échanges sur la plateforme. Le crowdfounding est une collecte de fonds en ligne avec une jauge à atteindre, souvent dans une période de temps déterminée, pour financer des projets…

Actuellement, on assiste à une multiplication de ces plateformes qui agrègent des projets à financer dans une certaine forme de centralisation et selon un modèle d’usage vertical. Pour financer leur projet, les internautes utilisent ces plateformes souvent de manière verticale et ne disposent pas d’outils pour faire un usage horizontal en ouvrant des propositions de financements participatifs sur plusieurs plateformes en même temps. Un outil de traçabilité des échanges de valeurs fonctionnant sur un modèle décentralisé peut ainsi permettre un suivi horizontal du financement du projet sur plusieurs plateformes à la fois. Les enjeux sont évidemment de rassembler l’audience plutot que de la segmenter et de fluidifier la circulation des informations relatives à l’ensemble des transferts de valeurs.

Pour information, les plateformes de crowdfounding les plus consultées sont Ulule, Kickstarter, Kisskissbankbank, Babeldoor.

Création Monétaire

Pour Camille Harang, l’économie participative constitue une émancipation sur l’économie du profit dans laquelle le point central est la création monétaire. Il est important de reprendre la main sur les échanges de valeurs, donc sur l’unité de mesure qui contrôle les échanges et par conséquent sur la monnaie. D’où l’intérêt de nouvelles monnaies comme le Sol Violette ou Bitcoin ( Avec des propriété similaire à l’or, Bitcoin est une monnaie virtuelle décentralisée et limitée voir : http://bitcoin.fr). L’enjeu premier d’une économie de profit, c’est qui crée la monnaie et qui centralise cette monnaie…

Une économie participative sous entend donc un comportement responsable de chacun quelquesoit la monnaie utilisée dans les échanges de valeurs afin d’établir la confiance entre les individus. Ainsi sur internet, il s’est également créé des monnaies selon un modèle P2P et dont la solidité se base sur la confiance entre les gens du réseau … Il semble donc de plus en plus urgent de créer de nouvelles valeurs d’échanges qui favorisent la collaboration et la confiance entre individus, tout en gardant un lien avec l’argent (conversion en euros, dollars …)